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La langue basque : l'Euskara
L'origine des Basques
L'aube basque
Le déclin
Les fueros - Les libertés forales
La noblesse universelle
Le centralisme étatique
Naissance du nationalisme
Nationalisme et lutte armée


L'origine du peuple basque est un grand mystère qui a fait couler beaucoup d'encre.
D'où viennent-ils et d'où vient la langue toujours parlée par les basques ?

L'origine de la langue basque est mal connue. Elle n'est pas issue du latin, qui a donné naissance à bien des langues européennes.
On lui a trouvé des ressemblances avec des langues caucasiennes (G.Dumézil, le professeur R. Lafon entre autres), chamito-sémitiques et ibériques (Guillaume de Humbolt et Schuchardt la situaient comme les restes d'une langue ibérique datant d'avant les conquêtes romaines).

Quoi qu'il en soit, la langue basque est la langue d'un Peuple dont on a maintenant la conviction qu'il a toujours habité cette région. Elle a sans doute - comment pourrait-il en être autrement - subi les influences des langues et dialectes environnant ou lointains comme peut-être le caucasien dont les habitants eurent très tôt des échanges commerciaux avec la région.

On en connait les caractéristiques et depuis la création de la Communauté Autonome Basque, le Gouvernement Basque a voulu donner à l'EUSKARA une unité "officielle" en établissant une grammaire et des règles sémantiques communes à tous les dialectes basques parlés du Nord au Sud. On l'appelle l'EUSKARA BATUA (la langue basque unifiée) : elle est parlée par les fonctionnaires, enseignée dans les écoles (ikastolak), utilisée par la radio, la télévision, dans les livres, la littérature ou les journaux. Principalement dérivée du labourdin (euskara parlé dans le Labourd - voir la page géographie du Pays Basque), elle est préconisée par l'Académie de la Langue basque (Esukaltzaindia). [Revenir au début]

Il est maintenant admis que les Basques ne descendent pas d'une immigration passée. Les traces de l'existence de l'homme ne diffèrent guère de celles trouvées dans les autres régions de l'Europe méridionale. On a trouvé des galets taillés vieux de 300 000 ans.

Quinze mille ans avant notre ère, l'Homo sapiens sapiens laissa des chefs-d'oeuvre, peintures et sculptures, dans les grottes de Lascaux en Périgord mais aussi en Pays Basque dans les grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya en Basse-Navarre, d'Altxeri, Urtiaga et Ekain en Guipuzcoa et de Santimamiñe en Biscaye.

Les dolmens mégalithiques sont très nombreux au nord comme au sud des Pyrénées et datent de l'âge du bronze, il y a 4000 ans.
Vers -1000 à l'âge du fer, les basques furent en contact avec les celtes qui les repousseront vers les montagnes en leur apprenant l'usage du métal. Cette visite celtique explique sans doute les cromlechs, cercle de pierres dressées qu'on peut observer autour de la Rhune. [Revenir au début]

Des temps préhistoriques :
silex, bois de renne, racloirs, burins, grattoirs, perçoirs, pointes de flèches, haches de pierres polies.
Des temps protohistoriques :
Ossement humains, urnes funéraires, céramiques, hacxhes en bronze.
Des temps Historiques :
Trésor monétaire romain, fausses monnaies, vestiges napoléoniens.

Le musée de Sare
Les traces les plus anciennes de présence humaine en Pays Basque remontent à quelques 200 000 ans. Il semble d'après certains anthropologues, linguistes et archéologues que la langue Basque était déjà utilisée au début de la Protohistoire. C'est avec l'arrivée des Romains en Terre Basque que nous sommes passés à la période Historique.

Les romains trouveront sur place un peuple bien établi dont la langue s'étend dans les provinces d'Aquitaine. En 56 av. J.-C., les peuples d'Aquitaine seront vaincus par un des lieutenant de César, Publius Crassus avant même d'avoir pu se porter au secours des Armoricains.

Comme le souligne Jean-Louis Davant dans son "Histoire du Peuple Basque", "logiquement, l'euskara devrait disparaître au profit du latin. Mais c'est le latin qui meurt, tandis que le basque se maintient dans la partie accidentée du pays".

Après les romains, ce furent les Wisigoths vers 470 puis les francs. Petit à petit se constitue le duché de Vasconie (VIe - VIIe siècles) s'étendant jusqu'à la Gascogne actuelle.
En 670, les Basques élisent pour duc Otsoa passant ainsi à l'indépendance complète et fondent le duché d'Aquitaine qui englobe celui de Vasconie et s'étend jusqu'à la Loire. Son fils, Odon (Eudes) est reconnu en 720 par Charles Martel.
Pépin le Bref, proclamé roi en 751, mena durant 30 ans une guerre contre les Vasco-Aquitains, suivi par Charlemagne, son illustre fils. Ce dernier met, en 778, le siège devant Saragosse pour contenir les musulmans et rase, sur le chemin du retour, les murs de Pampelune. Le 15 (?) août 778, l'arrière-garde commandée par le comte Roland est écrasée par les montagnards basques.

L'apogée du principat de Vasconie se situe autour de l'an 1000. En 824, les basques unis, choisissent Iñigo Arista comme roi d'un État souverain - bien avant donc celui de France ou d'Espagne : le Royaume de Pampelune qui deviendra vers le milieu du XIIe siècle le Royaume de Navarre. De 824 à 1234, 16 rois s'y succèderont.
Sanche III Garcés le Grand (1000-1035) annexera une partie de l'Aragon, la Biscaye, l'Alava, le Guipuzcoa, la Basse-Navarre et en 1028, la Castille. En 1023, il crée la vicomté du Labourd pour son cousin Sancho-Loup qui s'installe à Bayonne (Lapurdum, qui donna son nom à la province pour prendre celui de Bai Ona, le bon fleuve). Ce fut l'apogée que terminera la partition du Royaume entre ses nombreux fils. Il sera livré à des guerres fratricides entre les rois de Navarre, d'Aragon et de Castille ne retrouvant un semblant d'unité que pour combattre les musulmans. [Revenir au début]

En 1137, la Soule et le Labourd passent à la France après le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Louis VII. Mais en 1152 après son divorse et son remariage avec Henri Plantagenêt futur roi d'Angleterre, elles passent à la couronne britannique.

En 1200 la Castille s'empare de l'Alava et devient seigneur du Guipuzcoa. En 1379 Juan de Haro, seigneur de Biscaye devient roi de Castille. Les trois privinces unies à la Castille conserveront une autonomie de fait, attestée par des Fors très libéraux. Les rois de Castille prêteront serment de respecter les libertés forales sous le chêne de Guernica.

La Navarre glisse vers la France avec le mariage de Jeanne Ier de Navarre et du futur Philippe IV le Bel. La loi salique ne s'appliquant pas en Navarre, Jeanne a hérité de la couronne par sa descendante du comte Thibault IV de champagne (et Ier de Navarre) que les Basques ont appelé après la mort de son oncle Sanche le Fort. De 1285 à 1328 la Navarre appartiendra à la couronne de France. Or, tandis qu'après la mort des trois fils de Philippe le Bel la couronne de France revient, de par la loi salique, au neveu du grand roi, Philippe VI de Valois, la Navarre est revenue, par héritage, à la fille de Louis X le Hutin, fils aîné de Philippe le Bel : Jeanne II mariée au comte Philippe III d'Évreux.

Après la maison d'Aragon, la Navarre revient à celle d'Albret. Mais par suite du refus des Navarrais et de leur appel à l'aide, le roi de Castille, Ferdinand d'Aragon occupe la Navarre péninsulaire en 1512 et l'annexe en 1515.

Le futur Henri IV hérite de la couronne de sa mère, Jeanne III d'Albret qui a épousé Antoine de Bourbon. Ce qui reste de la Navarre, c'est à dire la Basse-Navarre revient à la France lorsqu'il devient "roi de France et de Navarre" en 1581. Louis XIII entérinera définitivement cette situation en promulgant en 1620 l'Edit d'Union.

Après la guerre de Cent Ans, la France récupère le Labourd en 1451 ainsi que La Soule sous Louis XI. [Revenir au début]

Barbara LOYER dans son livre "Géopolitique du Pays Basque" donne cette définition : "les fueros sont les coutumes d'Ancien Régime appliquées par les assemblées locales, dites forales, que le roi de castille davait jurer de respecter pour obtenir l'allégeance des provinces basques. En Biscaye, la cérémonie du serment royal se déroulait au pied d'un chêne, dans la ville de Guernica (en euskara Gernika), devenu par la suite le symbole de l'indépendance basque. On appelle "fuériste" celui qui réclame l'application des fueros, et "fuérisme", le mouvement idéologique qui leur est lié."

Toutes les têtes couronnées, espagnoles, françaises ou anglaises, après avoir affirmé leur souveraineté sur les provinces Basque, s'empressaient néanmoins de confirmer ces libertés locales appelées fueros en Espagne, fors en France, ou coutumes.

En France, la Révolution Française y mettra fin.

Qu'étaient-ils ces Fors que Jean-Louis Davant qualifie de "véritables constitutions, nécociées de puissance à puissance par les petits États basques et leur nouveau roi" ?

Sans entrer dans la querelle opposant ceux pour qui les fueros sont un droit historique en tant que lois ancestrales du peuple Basque souverain à ceux qui les considèrent comme de simples coutumes locales, et pour simplifier, on peut dire qu'ils représentaient un certain nombre de particularismes légaux accordés à chacune des provinces basques :
- non-reversement des impôts à la couronne en presque totalité ;
- exemption du service militaire : une province basque devaient assistance à la couronne lorsque les combats avaient lieu sur son territoire
;
- un régime douanier particulier : les douanes de Castilles étaient situées, non sur la côte basque, mais sur l'Ebre au sud. De ce fait, beaucoup de marchandises étaient moins chères que dans le reste du Royaume ;
- les assemblées forales, les Juntas Generales, pouvaient appliquer un Pase foral, c'est à dire un droit de désobéissance à tout décret royal qui allaient à l'encontre des fueros.

Le roi était représenté par un magistrat (corregidor) dans les assemblées locales et les provinces basques avaient leurs représentants à la Cour. [Revenir au début]

Tous les habitants du Guipuscoa sont nobles (hijosdalgo)... trouve-t-on dans les fueros de cette province en 1397 tandis que ceux de la Biscaye évoque en 1526 les "Biscayens nobles et de sang pur".
La condition de noble devait être reconnu à tous les habitants de ces deux provinces qui étaient exemptés de l'impôt direct dû par les roturiers et des droits sur le bétail ou la taxe sur les transactions. L'accès aux fonctions publiques leur était possible dans tout le royaume et ils ne pouvaient être jugés que par une cour spéciale en dehors de leur province.

Les fueros d'Alava ne mentionnent à priori rien de tel. La société alavaise comptait nobles, citadins et paysans, inégaux devant l'impôt.

Le principe de la noblesse universelle reposait sur la preuve de l'appartenance à la province et au début du 19e siècle, l'élite citadine dut lutter contre les assemblées forales pour revenir, afin de pouvoir être élue, aux normes constitutionnelles espagnoles.

La disposition additionnelle n° 1 de la Constitution espagnole de 1978 mentionnera qu'elle "protège et respecte les droits historiques des territoires forals" (ampara y respecta los derechos històricos de los territorios forales) ce que le Parti Nationaliste Basque interprète comme la reconnaissance d'un statut "extra-constitutionnel". [Revenir au début]

La centralisation de plus en plus forte des états français et espagnols vont déchirer le Pays Basque au rythme des guerres entre les deux pays et au travers des guerres de religions.

En 1609, Pierre de Lancre, représentant du Parlement de Bordeaux, laissera derrière lui près de 700 victimes, femmes et prêtres, qu'il fera brûler pour sorcellerie sur le bûcher. En 1641 c'est le soulèvement de Bayonne contre l'installation de la Ferme. En 1661, ce sont les paysans de Soule qui, sous la conduite du curé de Moncayolle, se révoltent avant d'être battus par les mercenaires du Parlement de Bordeaux. En 1685, la région de Saint-Jean-Pied-de-Port se révolte contre la gabelle... révoltes qui se succèdent menées souvent par des femmes qui, c'est le cas à Hasparren en 1784, se soulèvent par milliers.

Malgré cela, l'autorité monarchique fait sentir tout son poids en limitant de plus en plus les libertés du pays, au nord comme au sud.

La Révolution Française balaie dans la tempête républicaine les libertés forales du Pays Basque nord, Iparralde, avec les privilèges de l'ancien régime. Les éloquentes et vigoureuses protestations des députés basques à la Constituante, notamment des frères Garat d'Ustaritz, ne peuvent empêcher la suppression de l'autonomie de la Soule et du Labourd, l'annexion définitive de la Basse-Navarre à la France et la création d'un département des Basses-Pyrénées (aujourd'hui Pyrénées-Atlantique) englobant le Béarn et Iparralde.

Au sud aussi, les libertés sont de plus en plus limitées. Au début du XVIIe siècle, les rois d'Espagne décrètent que pour participer aux Assemblées de Biscaye et du Guipuscoa, il faut parler et écrire le castillan. Ainsi ceux qui s'expriment en euskara sont expulsés de l'ombre séculaire du chêne de Guernika. En 1808 l'armée française de Napoléon occupe le pays en commettant des exactions qui lèvent les basques contre elle. La Constitution de Cadix de 1812 est contraire aux lois basques. Elle sera abrogée par Fernando VII.

N'ayant pas de descendance mâle, le roi abroge le 29 mars 1830 par la "pragmatique sanction" la loi salique en vigueur depuis Philippe V, premier Bourbon d'Espagne, pour favoriser l'accession au trône de sa fille, l'infante Isabelle, née la même année de sa troisième femme Marie-Christine fille du roi des Deux-Siciles.

Obligés de sélectionner leurs choix politiques en fonction de la sauvegarde des fueros auxquels ils sont attachés, les Basques se rallient en 1833 à Don Carlos "Charles V", frère du défunt roi, qui revendique la légitimité de la Couronne contre l'infante Isabelle et la régente, Marie-Christine. C'est la première Guerre Carliste (1833-1839).

Désorganisés après plusieurs succès par la mort de leur chef, le général basque Zumalakarreguy, trahis par son successeur le général Maroto, les Carlistes sont vaincus en 1839. La Navarre cesse d'être un royaume et les fueros tout en étant garantis par l'Espagne, sont réduits au minimum. La douane est déplacée de l'Ebre à la Bidassoa et aux Pyrénées coupant de fait les 4 provinces du sud des 3 soeurs du nord qui verront leurs industries artisanales péricliter rapidement malgré la contrebande.

En 1872 éclate autour de don Carlos "Charles VII" fils de don Juan, cadet de don Carlos mort en 1855, une deuxième guerre carliste* qui durera 4 ans (1872-1876) et aboutira à une nouvelle défaite. Le 21 juillet 1876, les fueros sont abolis. Toutefois, la Navarre après confirmation des fueros en 1839, négociera un statut particulier au sein de l'état Espagnol, loi dite "pactisée" (paccionada) votée en 1841 et conservée en 1876.

* si on excepte la guerre des Matiners menée essentiellement en Catalogne par "Charles VI" fils aîné de don Carlos et qui dura de 1847 à 1849. Certains historiens dénombre ainsi 3 guerres carlistes. [Revenir au début]

Au XIXe siècle, Chaho, un souletin chante la lutte de libération nationale menée par les Basques du sud. Il définit la nation basque par des critères scientifiques : - terre, ethnie, langue, institutions, volonté, histoire, démocratie... 60 ans avant Sabino Arana. Pierre Lafitte écrit de lui qu'il est "le père d'un certain nationalisme de gauche".

Sabino Arana Goiri, né en 1865 en Biscaye, mort en 1903, à 38 ans, est le fondateur de la doctrine nationaliste basque et du parti qui la défend depuis sa création en 1898. Il crée le néologisme "Euskadi"(1) et conçoit l'Ikurrina, le drapeau basque, symboles essentiels de l'idée d'un Pays basque unifié indépendant qu'il justifiait par le concept aujourd'hui abandonné d'une race basque "qui ne ressemble, même pas de loin, à l'espagnole ou à la française, toutes deux d'origine latine" (Sabino Arana, Obras completas,1965 p. 359).

"Le néologisme Euskadi (employé à partir de 1899) désigne d'après [Sabino Arana], "l'ensemble du Peuple basque" ("conjunto de eusko", "el Pueblo vasko en conjunto") (S.Arana, O.C., p1828), et non un territoire. Dans son idée en effet, cinq caractères permettent de définir la nationalité : la race, la langue, le gouvernement et les lois, le caractère et les coutumes, la personnalité historique ; or chacun des Territoires basques dispose de lois distinctes et de gouvernements propres. Euskadi est donc constitué de plusieurs Etats politiquement indépendants les uns des autres, et c'est pourquoi le combat du fondateur du nationalisme basque concerne avant tout la Biscaye qui doit être "libre dans une Euskeria libre" (S.Arana, O.C. p.280). [...] La première version du nationalisme basque est donc biscayenne. S'il existe une conscience unitaire de la "race Basque", les autres ingrédients de la nation sont réunis de façon indépendante par chacune des provinces. Cependant, Sabino Arana était partisan de l'union des Basques en une confédération d'Etats, indépendants entre eux, et indépendants de la Castille. Cette confédération devait comprendre les sept Territoires basques." (Barbara Loyer, Géopolitique du Pays Basque, © L'Harmattan 1997)

Le 14 juillet 1894, il crée avec des amis "Euskaldun Batzokia" et hisse au balcon de l'immeuble qui abrite la société, en plein Bilbao, le drapeau basque. Arrêté par la police, la société sera dissoute puis recréée sous forme d'un "parti nationaliste basque" (PNB ou PNV). Epuisé par de fréquents séjours dans les prisons espagnoles, il meurt à 38 ans en léguant aux Basques une patrie (Euskadi)(1), un drapeau (Ikurrina) et un hymne (Gernikako arbola) ainsi qu'une abondante oeuvre intellectuelle et littéraire en espagnol et en euskara.

La monarchie cède le pas à la république en 1931. Les Basques proposent alors un statut d'autonomie que la Navarre refuse. Mais Madrid marque sa défiance en traînant des pieds devant ces Basques qui veulent le rétablissement des anciens Fors, ce qui équivaut presque à une indépendance de fait, ainsi que des relations directes avec le Vatican.

A Pâques 1932, 80 000 Basques accourent à Bilbao pour le premier Aberri-Eguna, jour de la patrie, organisé par le PNB.

Le Front populaire arrive au gouvernement de Madrid en 1936 avec seulement 14% des voix en Biscaye contre 51% au PNB. Le 18 juillet 1936 voit le soulèvement franquiste et en catastrophe, les Cortes votent le statut d'autonomie des provinces basques le 7 octobre 1936.

La guerre civile espagnole voit le déchirement des provinces basques avec la Navarre et Alava d'un côté, le Guipuzcoa et la Biscaye de l'autre. Le 26 avril 1937, un jour de marché, la Légion Condor de l'aviation nazie, bombarde la ville sainte de Gernika. Ce massacre, immortalisé par Picasso fit officiellement 1654 morts et 889 blessés. La ville entière fut détruite. L'armée franquiste prend Bilbao le 19 juin 1937 avec ses usines intactes. Les Basques se rendent sous condition de vie sauve aux italiens à Santoña le 23 août 1937. Mais le 27 août, Franco exige que tous les prisonniers Basques lui soient remis. Aguirre, président du Gouvernement d'union nationale du Pays Basque parvient avec quelques leaders à forcer le blocus et s'exile à l'étranger.

La victoire franquiste a comme conséquence la volonté farouche de la dictature de "débasquiser" cet "horrible et sinistre cauchemar appelé Euskadi [...] vaincu pour toujours" selon les propres mots du maire franquiste de Bilbao en juillet 1937.

Après la 2e guerre mondiale, Aguirre installe transporte le Gouvernement basque de New-York à Paris. Après sa mort en 1960, c'est Leizaola qui lui succède. Devant la crainte du nationalisme régional, l'Etat français se rapproche de l'Espagne et Michel Debré, en 1969 à Madrid, manifeste son opposition aux revendications ethniques. [Revenir au début]

Franco est toujours présent et la fin d'Hitler et de Mussolini n'ont pas de conséquence pour lui. Le PNB préconise l'autonomie d'Euskadi-Sud, Hegoalde dans un Etat espagnol démocratique. La classe ouvrière largement issue de l'immigration espagnole en Pays Basque ne le suit pas et pour ne pas entrer en conflit avec le gouvernement français il délaisse volontairement les provinces du nord.

C'est alors que du groupe Ekin, naît en 1959 le mouvement "Pays Basque et Liberté" (Euskadi Ta Askatasuna) qui va devenir célèbre sous le sigle de ETA. Il est composé de membres jeunes, à l'ethnisme radical qui ont le "désir de gagner le prolétariat et de passer à l'action directe".
"ETA est révolutionnaire [et veut] l'indépendance totale d'Euskadi. Progressivement, [Il] adhère au socialisme. Nombre de ses militants sont des catholiques pratiquants. Certains sont des prêtres. Aujourd'hui ETA est un mouvement socialiste révolutionnaire de libération nationale"
(
J.-L. Davant, Histoire du Peuple Basque, © Elkarlanean 2000).

Lors de sa Ve Assemblée (1966-1967) l'essentiel du Bureau politique de ETA est expulsé pour "espagnolisme". Le petit groupe devient ETA-Berri (ETA Nouvelle) puis en avril 1969, Komunistak évoluant du trotskysme au maoïsme dans le cadre du patriotisme espagnol. L'Assemblée se poursuit entre deux courants : un courant révolutionnaire et un courant socialiste humaniste qui compte dans ses rangs Jose Manuel Aguirre qui quitte ETA avec quelques autres.

Une nouvelle scission a lieu en 1970 entre le groupe Eskubi, pour la lutte des classe pure sur toute l'Espagne, le groupe Etxabe, rassemblant les combattants nationalistes purs, et la jeune direction soutenue par la base de l'intérieur d'où sortira le mouvement de la VIe assemblée ou ETA VI qui connaîtra de nouvelles scissions et l'intégration d'une fraction majoritaire dans la Ligue communiste révolutionnaire ; elle abandonnera en 1978 son nom pour devenir LCR-LKI. Le groupe Etxabe reconstituera quant à lui ETA (Ve assemblée) qui verra progressivement les militants revenir dans ses rangs.

En 1977, une dernière scission aboutit au départ des membres du front militaire de l'ETA V qui refusent de se soumettre à une force politique capable de rivaliser sur ce terrain avec le PNB. La rupture entraîne la création de l'ETA militaire et de l'ETA politico-militaire qui formera avec le Mouvement Communiste Espagnol une coalition électorale aux législatives de la même année qui prit le nom de Euskadiko Ezkerra (EE) "la gauche basque".

Les résultats encourageants de EE "incitèrent l'E.T.A Militaire à soutenir la formation d'une coalition adverse formée de partis nationalistes radicaux: Herri Batasuna; celle-ci comprenait lors de sa fondation en avril 1978, un parti socialiste, bras politique de l'E. T .A. Militaire (HASI), mais aussi des partis nationalistes centristes ou sociaux-démocrates (ANV, fondé en 1930; ESB, fondé en 1976), et devait représenter le front national exclusivement basque; plus tard la principale composante sociale-démocrate, ESB, quittera la coalition. L'actuelle E.T.A., il n'y en a plus qu'une depuis 1984, est donc le groupe armé qui a maintenu la priorité d'un objectif national et se distingue du PNV par son idéologie socialiste qui donne aux travailleurs basques, ainsi qu'à l'organisation qui les défend (E.T.A.), le rôle principal dans la lutte de libération." (Barbara Loyer, Géopolitique du Pays Basque, © L'Harmattan 1997)

ETA cantonnera ses actions sur le territoire espagnol. En France, c'est l'organisation Iparretarrak "ceux du Nord" qui organisera la lutte armée.

Après la mort de l'amiral Carrero Blanco, tué à Madrid dans l'explosion de sa voiture le 20 décembre 1973, Franco n'a plus de "dauphin" pour lui succéder. Il facilite le retour de la monarchie en la personne de Juan Carlos en 1975.

Un nouveau statut d'autonomie est mis en place fin 1979 rassemblant le Guipuzcoa, la Biscaye et l'Alava. La Communauté Autonome Basque installe son Gouvernement à Vitoria (Alava) tandis que la Navarre reste autonome en créant sa propre Communauté Autonome.

Au Pays Basque Nord le nationalisme renaît avec les générations d'après guerre. Le mouvement Enbata reprend, après sa création le 15 avril 1963 à Itxassou, l'idée d'un département du Pays Basque, que les députés béarnais avaient empêché en 1790, accompagné d'un statut de la langue et de la culture basques. En 1975 naît l'Association pour la Création d'un Nouveau Département présidé par le maire de Sare.

En 1981, le candidat François Mitterrand, inscrit au n° 54 de ses 110 propositions, le projet du département du Pays Basque. Projet enterré dès son élection... la peur de froisser l'Espagne peut-être ??? En 1994 François Bayrou fait avorter un nouveau projet présenté par M. Inchauspé, député RPR du Pays Basque, à l'Assemblée Nationale. Lionel Jospin promet en 1995 l'examen du projet si une majorité d'élus le souhaitait. En 1996, 93 maires concernés sur les 151 qui se sont exprimés, se montrent favorables au projet. Le premier ministre socialiste français se décharge alors sur son ministre de l'intérieur Jean-Pierre Chevénement, hostile à cette création. Il faut dire qu'après l'action ambigüe du gouvernement français et de membres de la police nationale dans l'affaire des GAL, qui a compromis les plus hauts responsables politiques espagnols et provoqué la chute du gouvernement socialiste de Felipe Gonzales, la France ne peut risquer de décevoir l'Espagne en plein essor "européen".

A l'heure ou la France propose à la Corse un véritable statut d'autonomie, pourquoi la question d'un département du Pays Basque dans la nation française pose-t-il problème si ce n'est pour des raisons diplomatiques envers l'Espagne ? [Revenir au début]

(1) Je note cette remarque que m'a faite un visiteur sans citer ses sources bibliographiques : "Sabino Arana crée le néologisme "Euzkadi" avec
un Z. Cette graphie est la seule utilisée jusque dans les années 1960 ou dans la mouvance proche de ETA est préférée la graphie Euskadi avec un S qui l'emporte à l'heure actuelle. Le gouvernement basque de 1936 s'auto-désigne Gouvernement d'Euzkadi et édite un journal du même nom. A mon avis, il conviendrait donc d'utiliser cette graphie avec un Z lorsqu'il s'agit de l'époque de Sabino Arana et des années de la guerre civile de 36-39."

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